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Sujet : La passion est-elle nécessairement une aliénation ?

Définitions des termes :
  • passion : * Ce que l'âme subit, ce qu'elle reçoit passivement. Chez Descartes, le mot désigne tout état affectif, tout ce que le corps fait subir à l'âme. Son origine n'est pas rationnelle ni volontaire. * Inclination irrésistible et exclusive qui finit par dominer la volonté et la raison du sujet (la passion amoureuse).
  • nécessairement : Obligatoirement, absolument, forcément.
  • aliénation : Pour Marx, processus par lequel les hommes, asservis à un travail qui leur est imposé de l'extérieur, se retrouvent coupés de leur liberté et d'eux-mêmes. Le travailleur est aliéné lorsqu'il est dépossédé de ce qui le constitue au profit d'un autre qui l'asservit.

Extrait du corrigé : La passion a souvent été méprisée comme une chose qui est plus ou moins mauvaise. Le romantisme allemand et, en particulier, Hegel restituent à la passion toute sa grandeur. Dans une Introduction fameuse (« La Raison dans l'histoire ») à ses « Leçons sur la philosophie de l'histoire » - publiées après sa mort à partir de manuscrits de l'auteur et de notes prises par ses auditeurs -, on peut lire (trad. Kostas Papaioannou, coll. 10118): « Rien ne s'est fait sans être soutenu par l'intérêt de ceux qui y ont participé. Cet intérêt nous l'appelons passion lorsque, écartant tous les autres intérêts ou buts, l'individualité tout entière se projette sur un objectif avec toutes les fibres intérieures de son vouloir et concentre dans ce but ses forces et tous ses besoins. En ce sens, nous devons dire que rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion. » L'histoire est en apparence chaos et désordre. Tout semble voué à la disparition, rien ne demeure : « Qui a contemplé les ruines de Carthage, de Palmyre, Persépolis, Rome, sans réfléchir sur la caducité des empires et des hommes, sans porter le deuil de cette vie passée puissante et riche ? Ce n'est pas comme devant la tombe des êtres qui nous furent chers, un deuil qui s'attarde aux pertes personnelles et à la caducité des fins particulières: c'est le deuil désintéressé d'une vie humaine brillante et civilisée. »

La passion est-elle nécessairement une aliénation ?

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Définitions

  • passion : * Ce que l'âme subit, ce qu'elle reçoit passivement. Chez Descartes, le mot désigne tout état affectif, tout ce que le corps fait subir à l'âme. Son origine n'est pas rationnelle ni volontaire. * Inclination irrésistible et exclusive qui finit par dominer la volonté et la raison du sujet (la passion amoureuse).
  • nécessairement : Obligatoirement, absolument, forcément.
  • aliénation : Pour Marx, processus par lequel les hommes, asservis à un travail qui leur est imposé de l'extérieur, se retrouvent coupés de leur liberté et d'eux-mêmes. Le travailleur est aliéné lorsqu'il est dépossédé de ce qui le constitue au profit d'un autre qui l'asservit.

Problématique

Y a-t-il un lien absolu entre passion et aliénation ? Le passionné est-il un aliéné ? Pourquoi la passion serait-elle "nécessairement" une aliénation ? Le terme "nécessairement" est un terme très fort en philosophie. Il désigne ce qui est et qui ne peu pas ne pas être. Ce terme sous-entend qu'il est obligatoire qu'une passion soit une aliénation, et que la raison n'a aucune force pour empêcher cet asservissement de l'individu. Or, pour Descartes (par exemple, dans le Traité des passions de l'âme), cette nécessite ne devrait pas pouvoir être, puisque la raison permet à l'homme d'être libre et autonome, et non soumis aux passions. Il dira même: "Il n'y a point d'âme si faible, qu'elle ne puisse étant bien conduite acquérir un pouvoir absolu sur ses passions". Le rationalisme proclame l'absolue maîtrise de la volonté sur les élans passionnels. Mais cette toute-puissance de la raison n'est- elle pas une illusion, un fantasme ascétique ? L'homme face aux passion, n'est-il pas un roi nu, un souverain sans sceptre ? La passion ne peut pas être une fatalité (Spinoza, Éthique). Quel que soit le pouvoir des passions, l'homme n'est pas condamné à les subir, à se laisser emporter par elles. Il doit essayer de comprendre leur force pour pouvoir leur échapper. Cela permet de passer d'une nécessite extérieure (on subit la passion), à une nécessité intérieure (l'action par la passion).

Phèdre, dans la tragédie de Racine, éprouve pour Hippolyte un amour dévorant ; mais c’est comme malgré elle et en dépit de sa propre volonté. Le véritable auteur de sa passion : « C’est Vénus toute entière à sa proie attachée ». L’héroïne racinienne nous offre de la passion une image caractéristique. La passion est comme une puissance que sa victime ne parviendrait pas à maîtriser. Elle crée un état de soumission à une force extérieure. N’est-elle pas alors pure et simple aliénation ?

Ajouté par Emmanuel



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